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Chopin et Delacroix

           Sand

Je n’aurai pas l’outrecuidance d’écrire sur la vie de l’illustre compositeur, mais son amitié avec Delacroix me fournit une trop belle occasion d’illustrer ma petite rubrique mensuelle.
            Eugène Delacroix est né en 1798, quatre ans avant Victor Hugo, et six ans avant George Sand. De par sa naissance et son milieu social, le peintre fréquentait les salons parisiens, dans lesquels il rencontrera très tôt George Sand, dont il fera quelques dessins, et presque en même temps le jeune Chopin. Grande amitié entre ces trois personnes d’exception. Delacroix deviendra le familier de l’appartement de Sand, et fera plusieurs séjours à Nohant, ou un atelier lui était réservé.
            C’est en mélomane averti que le peintre admirait profondément la musique de Chopin. Mélomane en effet, et musicien à ses heures : Delacroix jouait du violon, comme Ingres. L’admiration n’était pas vraiment réciproque ; on dit que Chopin ne goûtait guère cette peinture, trop violente et sensuelle pour sa délicatesse. L’amitié entre les deux hommes n’a cependant jamais faibli. Chopin
            Illustrer mon propos par le célèbre portrait de Chopin par Delacroix, fait partie des  incontournables, mêmes si j’aurais préféré plus original. L’œuvre date de 1838, du début de la liaison du musicien avec George Sand. Portrait si on veut d’ailleurs, qui ressemble presque à une esquisse exécutée avec fougue et cultivant l’art des sacrifices, mais avec quelle maîtrise ! Il s’agit en fait d’une composition, dans laquelle figurait George Sand. Après la mort du peintre (1863) le tableau fut découpé, par je ne sais qui. C’est ainsi que les amants furent encore une fois séparés. Le portrait de Chopin est resté au Louvre, et celui de George Sand est à Copenhague. Ajoutons qu’en 1838, Delacroix, chef de file de la nouvelle peinture, était un peintre renommé, et même célèbre, qui bénéficiait de commandes et d’achats de l’État. Il réfutait d’ailleurs de plus en plus cette étiquette de romantique, et se voulait plutôt l’héritier des maîtres vénitiens. Sa vie nous est connue par les nombreuses biographies, mais surtout par ses Carnets, précieuse source de documents et de profondes réflexions, écrits dans un style admirable. J’ai eu beaucoup de mal à choisir un petit passage de ces Carnets, qui méritent pourtant beaucoup plus qu’une citation ; mais il faut bien s’arrêter à l’une d’elles :
            « J’ai des tête-à-tête à perte de vue avec Chopin, que j’aime beaucoup, et qui est un homme d’une distinction rare : c’est le plus vrai artiste que j’aie rencontré. Il est de ceux, en petit nombre, qu’on peut admirer et estimer. » 


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