L’âge de pierre,  

            Connaissez-vous Senefelder (1771-1834), comédien et auteur dramatique ? Rassurez-vous, je n’ai jamais rencontré quelqu’un ayant lu ses pièces de théâtre, et s’il est resté célèbre, ce n’est pas grâce à sa littérature.
            Senefelder est né à Prague, et à la mort de son père, avant d’avoir achevé des études de droit, il dut gagner sa vie. Le meilleur moyen trouvé par lui fut de se joindre à une troupe de comédiens ambulants, et bientôt, d’écrire des pièces de théâtre. Encouragé par le succès obtenu, l’auteur éprouva le désir de se faire éditer, mais évidemment, ni lui ni la troupe n’en avaient les moyens.
            Tenace et inventif, Senefelder essaya de devenir son propre éditeur ; mais nous connaissons la complexité de l’impression typographique, et le volume de delacroixl’investissement, surtout quand il s'agit d'accompagner les textes de partitions musicales. En cherchant un moyen moins onéreux, avec des plaques métalliques par exemple, Senefelder eut l’idée, presque fortuitement, d’écrire sur une pierre calcaire polie qui lui servait de marbre, avec une encre grasse (cire, suif et noir de fumée). En nettoyant la pierre à l’aide d’une eau acidulée, il constata que celle-ci devenait décapée et poreuse, à l’exception de la partie graissée par l’écriture. Rien de très surprenant jusqu’ici, mais c’est alors qu’il essaya de passer, sur l’ensemble, de l’encre d’imprimerie, qui adhéra « amoureusement » à la partie grasse, mais refusa de prendre sur le mouillé. Il suffisait alors de poser sur le tout une feuille de papier, et de frotter au dos de la feuille pour décalquer la partie encrée.
            Le XVIIIe siècle s’achevait, et Senefelder venait d’inventer la lithographie.
            Bien sûr il lui faudra encore beaucoup d’essais, et de tâtonnements, pour mettre au point le procédé, qui fut pourtant breveté et connut très vite un grand succès.
            Mais le rapport avec la musique ? Senefelder désirait accompagner ses textes de passages musicaux, nous l’avons signalé, mais surtout, et pour gagner sa vie, il se consacra pendant un temps à l’impression de partitions.
            Pourtant, comme toujours, pour imprimer de l’écrit il faut écrire à l’envers, et la tâche n’est pas des plus faciles. Qu’à cela ne tienne : Senefelder trouva encore le moyen de mettre au point (en 1817) un papier report, qui permet d’écrire à l’endroit avec une encre grasse, et de transférer sur la pierre. C’est en fait plus compliqué que cela, mais je suis bien obligé de simplifier.
           

 

Delacroix, Macbeth chez les sorcières.

goya

          Jusqu’ici la lithographie se limitait seulement au trait, et comme pour le dessin à la plume ou pour la taille-douce, il faut des milliers de hachures pour exprimer les demi-teintes. C’est encore Senefelder qui mit au point un crayon gras, qui cette fois, après perfectionnement, produit tous les effets que nous pouvons demander au fusain.
            Le procédé se développa très vite, et Senefelder consacra le reste de sa vie à son perfectionnement et sa propagation. Quelques années après son installation à Paris en 1815 (rue du Bac), il y avait déjà une vingtaine d’ateliers litho dans la capitale, et beaucoup d’autres en province. De nombreux artistes, et des plus grands, ont très vite utilisé le procédé. Goya lui-même*, dès 1824 (10 ans avant la mort de Senefelder), diffusa des lithographies. Mais les journaux surtout, au moins pendant un siècle, se serviront du procédé pour illustrer l’événement ou le caricaturer.
            Mais le génial inventeur n’était pas un homme d’affaires, et à sa mort, à Munich, sa veuve héritera surtout de ses dettes.
            Et pourtant, s’il est encore permis de dater de Gutenberg l’ère de la diffusion du savoir par le livre, pour rester équitable, il faut rattacher le nom de Senefelder au début de l’ère de l’image.  

Serge Peyé

                                                                                                                                              

                                                                                                                                                     Danses andalouses Goya


moulin

 

 

LA CHROMOLITHOGRAPHIE

 

Pour conclure ce petit exposé sur l’impression des œuvres musicales, je vous propose d’aborder brièvement l’impression de la lithographie en couleur.
À vrai dire, l’impression des partitions elles-mêmes n’a guère de rapport avec la chromolithographie, mais nous allons tout de même rencontrer quelques points de convergence.

Voir la suite de cet article ici.

Serge Peyé

 

 

 

 

 

 

 

 


L’âge de Bill (Gates).

       Imprimer toutes sortes de papier à musique, du trés classique au trés fantaisiste, c'est désormais possible avec mon ordinateur. poisson
Lire et copier (à titre personnel) un CD, numériser un disque Vinyl.
Diffuser une lointaine WEB-radio musicale comme là bas.
Me trouver et diffuser un morceau de musique.
Me trouver et imprimer une partition libre.
Ecrire une partition et la jouer, là c'est déja plus fort.
Vérifier les règles d'harmonie de votre dernière et magnifique composition; là j'en vois qui décrochent (si on peut dire). Bien sûr, cela ne vaut pas un bon prof, merci à l'école.  C'est ici.

 

B. Vidal

 

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Notation musicale

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L’impression des partitions


Les partitions ne sont pas des instruments de musique à proprement parler, mais elles n’en sont pas moins un des instruments du musicien. Il est en effet bien difficile d’envisager l’histoire de l’interprétation musicale, sans accorder un regard à l’histoire de l’impression des partitions elles-même. Mais au fait, depuis quelle époque les musiciens peuvent-ils disposer de partitions imprimées?
Inutile de jouer aux devinettes: l’impression des partitions est quasiment contemporaine, du moins en Europe, des débuts de l’imprimerie du livre. En effet, juste après leur séparation d’avec l’illustre Gutenberg, ses deux collaborateurs, Fust et Schoeffer, ont imprimé, à Mayence, un Psautier daté de 1457. Difficile de faire mieux, sachant que le premier livre imprimé par les trois associés, est daté de 1451.
Je n’ai pas trouvé de reproduction de ce Psautier, mais je vous reproduis un aperçu de celui-ci, dont l’âge est également fort vénérable (1494)*, c’est à dire au temps de la jeunesse d’Anne de Bretagne.

Comme pour les lettres, nous voyons que les graveurs ont imité les manuscrits; en effet, avec la plume à bec carré, les pleins et les déliés se forment naturellement ainsi. La forme des notes que nous lisons aujourd’hui, date du XVIIIe siècle, après quelques belles créations du temps de la Renaissance.
Si le nom de Gutenberg a été retenu, non sans raison, il est tout à fait injustifié de n’avoir retenu que lui, et surtout, de prétendre qu’il a "inventé"  l’imprimerie. Nous savons depuis longtemps que l’Extrême-Orient imprimait dès le IXe siècle, et connaissait même, semble-t-il, les caractères mobiles dès le XIe.
D’autre part, s’il est permis d’affirmer que l’imprimerie fut réinventée en Europe, nous savons que l’impression des images se pratiquait bien avant l’impression des textes, et surtout de celle des livres. Mais pour venir à bout de cette gageure d'imprimer un livre entier, l’idée de génie consistait à fondre des caractères interchangeables au fil des lignes et des pages.
Les historiens s’accordent à retenir le nom de Laurens Coster, de Harlem (1370-1440), qui avait sans doute à peu près tout maîtrisé avant Gutenberg, sauf peut-être les caractères métalliques. Le principe était trouvé, mais il restait à inventer beaucoup d’autres choses. Il fallait d’abord perfectionner le pressoir de vigneron, pour en faire une presse à imprimer digne de ce nom. Il fallait encore, et surtout, les fabriquer, ces fameux caractères métalliques. En tailler un seul, ce n’est pas facile, assurément, mais des alphabets entiers, de toutes les tailles, et en fondre de pleines boîtes…

Un poinçon et sa matrice


Voyons plutôt : il faut d’abord tailler un poinçon, au burin et à la lime, au bout d’une tige d’acier; tremper l’acier; marquer l’emprunte dans une barre de cuivre; ajuster la barre au fond d’un moule démontable ; et couler dans le moule l’aliage à base de plomb.

La place me manque ici pour rendre compte des mérites de chacun de ces valeureux protagonistes, et même, sans jeu de mots, de leurs mauvais caractères. Accordons seulement en passant, à Schoeffer, un ou deux apports précieux : il serait l’auteur de la casse, avec son ordre alphabétique particulier; il pourrait bien être également à l’origine de l’impression des textes en deux couleurs, qui pour plus de clarté, utilisaient le rouge pour les titres, en tête des chapitres (à cause du rouge, nous en avons retenu le mot rubrique). Schoeffer avait à peu près vingt-cinq ans de moins que ces deux associés, et s’il n’a pas « inventé » l’imprimerie, lui non plus, il n’est pas faux de le considérer comme l’ancêtre des protes. Fust et Schoeffer associés, restent en tout cas parmi les premiers imprimeurs de partitions.


L’impression des partitions avec le procédé typographique.


Pour imprimer les signes musicaux, le principe était presque le même que pour imprimer les textes. Remplacer les lettres par des notes, et imprimer sur du papier à musique? On pourrait le penser, mais ça ne fonctionne pas ainsi. Pour faire simple (et ce n’est pas simple !), je dirai que chaque signe est fondu avec son petit fragment de portée, en plus de morceaux de lignes libres de tout signe. Et la casse? C’est tout à fait le même principe que pour les lettres, et cette fois j’ai compté 438 petits casiers, mais j’ai pu me tromper. Il y a ainsi de quoi imprimer toute la musique composée, du moins celle de tradition occidentale.
Dans cette édition du Vade-Mecum du typographe (qui date de 1906), je vous ai trouvé un petit exemple assez clair, pour peu que l’on veuille bien se pencher dessus avec un peu de patience*. Ce n’est peut-être pas indispensable, mais je pense utile de savoir à quel travail minutieux et attentionné nous devons toute la diffusion de la musique, au moins jusqu’au début du XXe siècle.
Reste à donner une petite référence musicale, d’ordre synoptique. Disons que Guillaume Dufay, était l’exact contemporain de Gutenberg; quant à Josquin des Prés, il a pu faire imprimer lui-même sa musique, et c’est pour cette raison que nous la connaissons fort bien.
Une prochaine fois, si vous le voulez bien, je poursuivrai l’histoire de l’impression musicale, qui, curieusement, reste liée à celle de l’imprimerie.

Serge Péyé

Ci dessous: Le travail de préparation pour l'impression d'une partition typographiée.


Une partition typographiée:

 

PARTITIONS IMPRIMÉES EN TAILLE-DOUCE

Nous avons vu la complexité de l’impression des partitions avec le procédé typographique. C’est difficile à composer, et le matériel représente un lourd investissement. Dans mon précédent chapitre, j’ai expliqué ce qu’est un poinçon, en acier trempé, qui sert à frapper la matrice en cuivre. Alors pourquoi ne pas frapper directement les notes sur une plaque de cuivre, et imprimer avec une presse à taille-douce ?
C’est l’évidence même, et les anciens ne pouvaient pas l’ignorer.

atelier taille douce      Le taille-doucier au travail.

           
            Mais rappelons tout d’abord ce qu’est la taille-douce. Nous savons que l’impression avec des caractères ou des dessins en relief, n’est pas la seule manière d’imprimer. Dès le XVe siècle, les orfèvres avaient compris comment imprimer des sillons gravés à la surface d’une plaque de cuivre. Les sillons sont gravés au burin*, la plaque est encrée et essuyée, en prenant soin de laisser l’encre dans les tailles, et la très forte pression de la presse (une espèce de laminoir), oblige le papier à aller chercher l’encre au fond des sillons. Il serait évidemment possible de graver chaque note au burin, ainsi que les lignes de la portée. Mais le travail serait fastidieux, et même chez les plus habiles, manquerait de régularité. Je pense que l’aventure fut tentée, mais plus simple fut vite trouvé.
            Revenons à nos poinçons. La tige d’acier qui sert à frapper la matrice de la lettre O, par exemple, nous donne facilement une partie de toutes nos notes blanches. Pour les noires, c’est un peu plus compliqué. Pour imprimer un aplat noir, la surface doit être striée d’un quadrillage, sans lequel l’encre ne résisterait pas à l’essuyage. Mais pour un ciseleur, qui forge ses outils et sait fort bien tailler une lime, exécuter un poinçon à extrémité striée n’est pas un tour de force. Les lignes de la portée se tracent assez facilement en suivant une règle solidement fixée, et avec une espèce de burin à cinq pointes, forgé pour cet usage, le graveur trace les cinq lignes à la fois. Un petit détail tout de même : en creusant le cuivre, le burin laisse des barbes en relief de chaque côté du sillon. Avec un petit instrument approprié*, il faut donc ébarber. Les lignes de portée sont tracées les premières, et ébarbées soigneusement ; les clefs sont frappées avec le poinçon déjà rencontré ; les notes, tracées légèrement à la pointe sèche, sont frappées conformément au manuscrit ; et les queues sont gravées au burin. Vous voyez comme c’est  simple. La musique peut évidemment être accompagnée de textes, mais les burinistes savent aussi écrire avec leur burin ; c’est très difficile, mais il en faut davantage pour les rebuter.
Alors pourquoi ne pas avoir généralisé le procédé ? Plusieurs raisons : la réalisation d’une plaque est tout de même plus longue ; le tirage à la presse taille-douce beaucoup plus lent et un peu moins net, et enfin, il est très difficile de corriger. C’est possible pour une faute ou deux, mais davantage deviendrait trop compliqué. En outre, le cuivre ainsi frappé se déforme, il faut le replanir, le rectifier, et il s’use également assez vite. Suffisamment d’inconvénients pour cantonner la taille-douce aux tirages limités.
Je n’ai hélas pas de document d’époque à vous joindre, je me contenterai donc de la très célèbre reproduction du taille-doucier au travail, et de la photo de quelques outils. En revanche il est très facile de se procurer la réédition de l’encyclopédie de Diderot et d’Alembert, qui en proposait une très bonne description, accompagnée de magnifiques planches dessinées.

Serge Péyé

taille douce         taille douce

Un burin sur une plaque de cuivre, et un grattoir pour ébarber.                                                   Un poinçon, à l'échelle d'une main.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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