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À PROPOS DE MAGRITTE

 

magrite            En visitant il y a peu le passionnant musée Magritte, à Bruxelles, j’ai eu bien du mal à vous trouver une reproduction ayant quelque rapport avec la musique. Il y a parfois  des clins d’œil, voire un piano, ou même un saxhorn en flammes, mais là n’est pas l’essentiel. Il est vrai qu’il n’y a pas grand-chose de musical dans la peinture surréaliste, ni dans les harmonies, ni par l’inspiration. Mais vous savez bien que le plus souvent, les rapports entre musique et peinture ne sont guère plus qu’anecdotiques.
            Magritte, né dans le Hainaut en 1898,  mort à Bruxelles en 1967,  fut un des piliers du groupe surréaliste des origines. Il était bien sûr très lié aux autres membres de ce mouvement, qui compte au moins autant dans l’histoire de la pensée que dans celle de l’histoire de l’art à proprement parler. Les générations suivantes en seront influencées jusqu’à nos jours, au point d’en appliquer un peu trop souvent les recettes, parfois déjà perceptibles chez les maîtres. Dois-je citer quelques surréalistes ? Dali, Breton, Ernst, Eluard… Tout le monde connaît, et je n’aurai pas l’audace d’expliquer le surréalisme, après tant d’écrits majeurs.
            Faut-il d’ailleurs expliquer la peinture ? Je pense de plus en plus qu’il vaut mieux regarder la peinture plutôt que de l’expliquer, et les œuvres des surréalistes davantage que les autres. Il faut évidemment apprendre à regarder, et nous avons besoin de  passeurs, mais le voyage demande beaucoup plus que quelques heures et un livre ou deux.
            Magritte ne cherchait pas des idées, il pensait ou rêvait des images ; ce sont à peu près ses propres termes. Les dimensions poétiques et philosophiques sont évidemment omniprésentes dans son œuvre. Certains se sont également plu à souligner les  prodigieuses  qualités techniques de ses peintures. À vrai dire, Magritte méprisait plutôt les prouesses techniques ; il avait eu la formation de tous ses contemporains passés par les écoles d’art, et il utilisait le métier que possédait n’importe quel graphiste de son temps. Volontairement, le plus souvent chez lui, la dimension  picturale est impersonnelle ; c’est le rendu quasiment photographique, qui confère au rêve sa part de véracité. Pourtant certains de ses tableaux sont vraiment magistralement peints.  


            Pour rester dans la ligne de notre petite rubrique, je vous ai choisi la reproduction de cette oeuvre, qui est d’ailleurs dans une collection privée, et curieusement intitulée par lui-même : Un Peu de l’Âme des Bandits. (Ne cherchez pas trop pourquoi). J’ai bien envie de vous joindre également l’une des plus célèbres, qui elle est titrée : La Grande Famille.

Serge

 


WILLIAM BLAKE       1757-1827

   Beaucoup d’entre vous n’ont peut-être pas fait le rapprochement entre le célèbre peintre, tellement connu par les reproductions, et le petit poème The Lamb, mis en musique par John Tavener.
            Il s’agit pourtant du même artiste, peintre, graveur et poète, visionnaire et passablement inclassable.
            La chronologie déjà nous surprend. Blake était l’aîné d’une vingtaine d’années de Constable et de Turner. Rien à voir pourtant entre les œuvres de ses aimables contemporains, et pas davantage avec celles de la génération suivante. Il faudra attendre le courant symboliste, presque un siècle plus tard, pour percevoir sa considérable influence. 
            Les peintures et gravures de Blake sont remarquablement composées, le dessin s’approche parfois du magistral, mais la dimension purement picturale est sacrifiée à la qualité du propos. Il s’agit bien d’un artiste qui voit davantage en poète qu’en peintre, mais qui n’en est pas moins passionnant.
            Poète, nous le savions, même si pour ma part je ne l’avais jamais lu. Il est vrai que les traductions de ses œuvres n’encombrent pas les rayons de nos libraires.
            Je vous joins cette reproduction d’un dessin aquarellé, qui est assez significative. Vous en trouverez de beaucoup plus connues en consultant Internet, mais nous n’avons pas forcément le droit de les publier.

Blake

 

L'Agneau

Petit agneau, qui t'a fait ?
Sais-tu qui t'a fait ?
Qui t'a donné la vie, et t'a fourni la nourriture
Au bord du ruisseau et sur le pré,
Qui t'a donné ce vêtement ravissant,
Vêtement des plus doux, tout de laine, de lumière,
Qui t'a donné une voix si tendre,
Dont tous les vallons sont réjouis ?
Petit agneau, qui t'a fait ?
Sais-tu qui t'a fait ?

Petit agneau, je vais te le dire,
Petit agneau, je vais te le dire :
Il porte ton nom,
Car Lui-même Il se nomme Agneau.
Il est humble et Il est doux ;
Il est venu petit enfant.
Moi, l'enfant et toi, l'agneau,
Nous portons son nom.
Petit agneau, que Dieu te bénisse !
Petit agneau, que Dieu te bénisse !

Traduit de William Blake, The Lamb

(Chanté en 2011 par le choeur du conservatoire)


MANET (1832-1883)
LE FIFRE (1866)

            L’exposition Manet, au musée d’Orsay, est prolongée jusqu’au dix-sept juillet 2011 (je crois). Impossible de ne pas en conseiller la visite aux amateurs de peinture qui se rendraient à la capitale en ce début de vacances. La dernière exposition de cette importance à eu lieu il y a trente ans.
            Pour cette occasion, il me fallait bien trouver un clin d’œil approprié à notre petite rubrique Musique et Peinture. « Le Fifre » m’a semblé être le tableau de Manet le plus évident, même s’il n’est qu’un peu trop célèbre.La toile mesure 161 x 97

fifre


            Comme presque toutes les œuvres de Manet, cette composition audacieuse fut ridiculisée en son temps, et les honneurs du salon officiel lui furent refusés, ainsi que ceux de l’Exposition Universelle. La facture en était il est vrai révolutionnaire, même si Manet se recommandait des sérieuses références rencontrées chez Vélasquez et Goya. Les critiques (et non des moindres), ricanaient de ce personnage de « jeu de cartes », et haussaient les épaules face à cette extrême simplification, qui faisait l’économie du modelé et de la perspective. Je ne connais guère d’autre plume que celle de Zola, pour l’avoir défendu une fois de plus.
            Mais le fifre, pour parler un peu musique ? Cette petite flûte traversière servait aux parades, elle était jouée par ces enfants portant l’uniforme, qui marchaient à la tête des régiments en compagnie des tambours. L’instrument resta en usage dans les armées, jusqu’en 1845, et dans certains bagads (notamment Pontivy, qui entretenait le souvenir napoléonien) jusqu’en 1930. L’origine du fifre (nommé aussi flipo), est lointaine, peut-être Suisse, mais les armées de Louis XII (Anne de Bretagne), l’employaient déjà. Ce petit instrument fut remplacé par le piccolo.
            Le fifre n’est plus guère employé, mais je suis certain que Laurent Dubot en a un dans ses tiroirs, et qu’il est parfaitement capable d’en jouer à l’occasion. Je lui poserai la question. Le mot sous-fifre, quant à lui, est toujours en usage, et vous admettrez qu’être situé en dessous du fifre, est une place de bien peu d’importance dans les hiérarchies.
Est-ce le seul rapport de Manet avec la musique ? Le peintre était issu de la grande bourgeoisie, et il fréquentait les salons en vogue, notamment celui de Mallarmé, comme Debussy vingt ans plus tard. Mais sa peinture n’a pas choisi la musique comme veine d’inspiration. Je peux tout de même signaler que Manet épousa une pianiste, dont il avait eu un fils, qui figure d’ailleurs dans beaucoup de ses tableaux.
            Qui a posé pour Le Fifre ? Les avis sont partagés, et c’est de peu d’importance, mais je pense personnellement qu’il s’agit simplement du même modèle qui posa pour L’Olympia et Le Déjeuner sur l’Herbe, dont nous connaissons tous les effets de scandale, bien involontaires, véritables détonateurs en leur temps. Avec ces œuvres magistrales, Manet venait pourtant de faire entrer la peinture dans une aire nouvelle.

Serge
           

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