Vendredi 23 septembre / 20h30 / Abbatiale de Saint Philbert de Grand Lieu
Mythologie et musique
Il est généralement admis que le premier
animal mis au service de la musique, fut une tortue. C’est ainsi
que la sympathique petite bête fut à l’origine, bien
malgré elle, du premier instrument de musique. Permettez-moi de
vous conter l’histoire, en espérant qu’elle vous amusera.
C’était au temps où les dieux peuplaient l’Olympe.
Depuis un peu, les choses se passaient plutôt bien entre eux. Zeus
régnait, et tonnait parfois, mais les autres vaquaient à leurs
occupations, en s’amusant à l’occasion.
Artémis (Diane) chassait avec ses compagnes, et son frère
jumeau, le bel Apollon, élevait ses troupeaux. Oui, on peut s’en étonner,
mais en ces temps-là, les dieux élevaient des boeufs. Un
jour, un demi-frère des jumeaux (et de beaucoup d’autres),
fils de Zeus et de Maïa, vint au monde des dieux ; il fut nommé Hermès,
mais il aura d’autres noms.
L’enfant était turbulent et espiègle. Il était
encore dans sa prime jeunesse, quand il trouva le moyen de voler le troupeau
d’Apollon. Même dans l’Olympe, ça ne se faisait
pas. Son père, à demi amusé, tonna tout de même
un peu, et il donna l’ordre à son rejeton de rendre le bien
dérobé : « Pour t’excuser, dit-il dans son
langage de dieu, un beau cadeau fera l’affaire. »
Sitôt dit, sitôt fait : une tortue passait par là,
Hermès lui emprunta sa carapace ; avec les deux belles cornes
d’un boeuf, il bricola un instrument en forme d’instrument
; il ajouta des cordes en boyaux bien tressés ; et c’est
ainsi qu’il inventa la lyre. Apollon en fut ravi, il en tira des
sons fort mélodieux, du moins aux oreilles des dieux, pour lesquels
il donna des petits concerts privés, qui eurent beaucoup de succès.
Mais la pauvre tortue ? Nous savons que cette nuit-là elle coucha à la
belle étoile, vêtue seulement de sa petite culotte.
Ensuite il lui fut octroyé, par je ne sais quel dieu des humanitaires,
une petite tente igloo, fort bien conçue ma foi, mais qui ne valait
tout de même pas son camping-car.
Serge
MARS et VÉNUS
Mon
petit article sur les amours d’Arès et Aphrodite, et de
leur fille Harmonie, m’a donné envie de parler d’un
des plus célèbres tableaux du quattrocento, Mars et Vénus,
qui prend évidemment pour prétexte le même thème
mythologique. Le sujet est ici revu par les poètes et les philosophes
latins, mais il est surtout conforme à l’esthétique
typiquement florentine de Botticelli (1444-1510).

Lire une
composition picturale en s’attachant à décrire les intentions
du peintre, ou à partir de quelques anecdotes, n’est certes
pas la meilleure approche ; mais ici les personnages sont tellement célèbres,
que je pense utile de donner quelques pistes de recherche.
Le tableau
mesure 1,72 de long, il est à la National Gallery, et il
est daté de
1475. La déesse de l’Amour est ici vêtue, ce qui n’est
pas dans les habitudes iconographiques ; nous en verrons les raisons.
Le dieu de la guerre est endormi, et surtout apaisé par l’amour.
Des faunes le taquinent et jouent avec ses armes. En haut et à droite
du tableau, du moins sur l’original, on distingue un vol d’abeilles.
Les abeilles accompagnent parfois, dans certains récits mythologiques,
la déesse de l’amour, évidemment pour des raisons
symboliques, mais ce n’est pas seulement de ce côté qu’il
faut regarder.
Le modèle
de Botticelli, qui deviendra son idéal de beauté, est Simonetta
Vespucci, une des plus belles jeunes femmes de son temps. Allusion non dissimulée
au nom de Vespucci, qui veut dire abeille, ou guêpe. Simonetta avait
en fait était mariée, très jeune, à un fils de
l’illustre famille, très jeune lui aussi. J’ai bien dit
illustre, même si la famille ne l’était pas encore en dehors
de la Toscane. Mais c’est tout de même un cousin du mari, le grand
navigateur Amerigo Vespucci*, qui donnera, à son insu, son nom à l’Amérique !
Colomb était passé un peu avant lui, mais Amerigo avait compris
qu’il venait de découvrir un nouveau continent. (Enfin, c’est
du moins ce que prétendent les florentins, mais la thèse est
contestée.)
Pour en
revenir à la belle aristocrate florentine, nous comprenons maintenant
pourquoi elle a posé vêtue, aussi bien pour son portrait, ou en
Madone, et ici pour une Vénus habillée. Quant au dieu Mars, les
historiens lui attribuent comme modèle Julien de Médicis, un
frère cadet du Magnifique.

Les peintres
du quattrocento ont toujours été à la recherche d’un
idéal de beauté, un canon d’esthétique. Éblouis
par l’ovale parfait de la jeune femme, ils étaient tous convaincus
d’avoir sous les yeux cet idéal, et comment leur donner tort ?
Botticelli se référa à ce visage tout au long de sa carrière,
ce canon, qui restera bien longtemps après lui. Inutile de vous reproduire
les œuvres dans lesquelles le visage de Simonetta figure : elles
sont parmi les œuvres les plus célèbres de l’histoire
de l’art, toutes époques confondues. Pour Botticelli, elle est
la Vénus de la Naissance de Vénus ; elle
est encore une des Grâces, ainsi que les plus belles femmes dans Le Printemps ;
on la retrouve dans Scènes de la Vie de Moïse, prêtant
ses traits à une des filles de Jéthro, tellement connue des proustiens.
Impossible de tout citer : il s’agit maintenant d’une figure élevée à la
hauteur d’un archétype. La Vénus de Botticelli, cette fois,
est représentée nue, comme il se doit. Mais il n’y avait
plus aucun risque de scandaliser : l’œuvre date de 1485, et
la jeune femme était décédée neuf ans plus tôt, à vingt-trois
ans. Quant au Mercure qui figure dans Le Printemps, on reconnaît
cette fois fort bien Julien de Médicis (il y a plusieurs portraits),
qui avait sans doute été l’amant de la belle, et qui fut
assassiné en 1478, l’œuvre étant tout juste achevée.
Quel beau
sujet de film, n’est-ce pas ?
*
S’écrit parfois Americ Vespuce, ou de son vrai nom, Alberico
Vespucci ; mais le navigateur voyageait pour le compte de l’Espagne
ou du Portugal, et il avait sans doute jugé bon de modifier un
peu son prénom.
FLÛTE DE FLÛTE ! 
Certains
de mes honorables confrères considèrent que le premier
instrument de musique utilisé, fut la flûte de roseau. Ils
en attribuent la création à Artémis, la belle Diane
des Romains.
Je veux
bien, même si ma modeste voix se permet d’émettre une objection :
Nous l’avons
dit dans notre précédent numéro : la chasseresse
est sœur jumelle d’Apollon. Quant à Hermès, qui nous
le savons inventa la lyre, il fait partie, chronologiquement, des dieux jeunes ;
par conséquent, Artémis chassait déjà à sa
naissance. Je simplifie, mais on peut le conter ainsi.
Nous savons
surtout, et tout l’Olympe le murmure encore, que la susceptible déesse
n’a jamais vraiment su jouer de la flûte. Mais pourquoi inventer
un instrument de musique, si ce n’est pour en jouer ? C’est
tout simplement que la chasseresse, et ses compagnes, utilisaient le léger
chalumeau, pour leurrer les oiseaux. Le jeu était d’imiter leur
chant (oui, c’est déjà de la musique), mais pour les attraper
et en faire des brochettes ! Alors, chers confrères, si vous considérez
que la musique est un art uniquement alimentaire…
Artémis
a tout de même eu un très beau geste : quand il y eut des
bergers, elle leur fit cadeau d’une flûte de roseau. Les pauvres
pâtres des montagnes trouvaient parfois le temps long, et pour égayer
un peu les soirées, surtout quand la déesse lunaire se montrait,
eux jouaient vraiment de la flûte.