JÉRÔME BOSCH : LE CONCERT DANS L’ŒUF.
Belle occasion pour ma petite rubrique, d’unir musique et peinture, en diffusant la reproduction de ce tableau.
Ce CONCERT DANS L’ŒUF est d’ailleurs une copie, très ancienne, peut-être 1560, qui mesure 108 x 126 centimètres. L’original est perdu.
Jérôme Bosch est né vers 1450, à Bois-le-Duc, dans les Pays Bas, et mort en 1516 dans la même ville. C’était un peintre reconnu et réputé, même à l’étranger, qui influencera de très grands artistes, dont Peter Bruegel. Pour garder un point de repaire, nous pouvons constater que Bosch était l’exact contemporain de Vinci. Pour la chronologie des musiciens, il faut penser à Josquin Des Prés. Les Surréalistes se sont également considérés comme ses héritiers, et il est difficile en voyant leurs œuvres, de ne pas y penser.
Tout le monde connaît au moins quelques reproductions des tableaux de Bosch (La Nef des Fous est au Louvre), dont le fourmillement de détails nous intrigue, nous captive et nous amuse. Bosch ne peignait pourtant pas seulement pour amuser ses contemporains. Son propos était plutôt celui d’un moraliste, qui ouvrait une fenêtre sur ce qui nous attend, si nous ne suivons pas les préceptes de la sainte Église. Mais vous écrire un exposé sur la pensée de Bosch, sur celle de la Réforme qui s’annonce, sur les sectes hérétiques et sur la Pensée d’Érasme, m’entraînerait vraiment trop loin, vous en conviendrez. Et d’ailleurs, les rayonnages de ma bibliothèque ne seraient pas assez longs, pour contenir tous les ouvrages écrits sur le sujet.
Contentons nous de nous amuser à la lecture de ce tableau, qui doit, si je me souviens bien, être au musée de Lille. Le sujet est bien entendu une satire de l’alchimie (je n’ai pas dit de l’Athanor), assaisonnée de nombreux symboles croustillants, parfaitement lisibles par ses contemporains.
La chanson qui est calligraphiée sur le livre, fut un grand succès de l’époque. Elle est due à un certain Thomas Crecquillon, mort en 1557, qui fut maître de chapelle de Charles Quint. Les dates nous démontrent que le copiste n’a pas pu reproduire le texte qui avait été choisi par Bosch. Les temps avaient changé, les gouvernements aussi, et la censure est évolutive ; mais vu le sujet, l’original ne pouvait guère être un cantique. En fouillant Internet, qui nous ouvre de très nombreuses pages sur Bosch et ses œuvres, j’ai réussi àtrouver le texte de la chanson. Avec un peu de chance, j’essaierai de vous mettre en ligne la partition elle-même, et quelqu’un pourra peut-être la jouer.
Voici le texte, ou au moins sa traduction :
Toutes les nuictz que sans vous me couche,
Pensant à vous, ne fait que sommeiller,
Et en révant jusques au réveillier,
Incessament vous quiers par my la couche,
Et bien souvent en lieu de votre bouche,
En soupirant, je baise l’oreiller.
Ce que j’ai trouvé était écrit ainsi, et les tournures anciennes ne sont évidemment pas des fautes d’orthographe. C’est peut-être un peu coquin, mais c’est tout à fait dans le ton du répertoire de la Renaissance. Dans mon prochain article, je vous proposerai un autre petit exercice de déchiffrage musical, d’après un tableau que certains d’entre vous reconnaîtront.
Serge