LES MAÎTRES VÉNITIENS
Si vous allez à Paris pendant les vacances de Noël, et si la peinture vous passionne, il est encore temps de faire une petite visite à l’exposition des maîtres de la peinture vénitienne, au musée du Louvre. En plus de ceux qui honorent nos collections permanentes, plusieurs célébrités ont fait le voyage. Quand nous parlons des maîtres vénitiens de la Renaissance, nous faisons principalement référence à quatre noms : Le Titien, Véronèse, Le Tintoret, et le Bassan (noms francisés, j’ai déjà expliqué pourquoi).
Certains de ces maîtres valent le déplacement, vous pouvez me croire : il y a là, parmi les œuvres exposées, quelques-uns des plus beaux tableaux qui m’aient été donnés de voir, toutes époques confondues. Je pense par exemple à la Vénus au miroir ou à la Vénus d’Urbin, du Titien ; à la Suzanne au bain, du Tintoret, celle de Vienne, ainsi qu’à quelques œuvres de même niveau, et quel niveau !
Avec ces maîtres vénitiens, la peinture est entrée dans le domaine païen du sensuel. Indépendamment du sujet, qui peut parfaitement prendre la Bible pour prétexte, le peintre exalte la matière, celle des tissus, des chevelures, des chairs. Cette fois, impossible de ne pas avoir envie de toucher, de caresser, d’étreindre… Les peintres de cette époque maîtrisent parfaitement la perspective, bien entendu, mais également la technique de la peinture à l’huile, sur toile, qui avec la possibilité de travailler en pleine pâte, en pleine matière, permet de donner libre cours à toute la gamme de l’expression des sentiments et des passions.
Pour illustrer en même temps la peinture et la musique à Venise, j’ai choisi de reproduire le célèbre tableau des Noces de Cana, de Véronèse, peint en 1562-1563. Rien d’historique dans l’hallucinante et somptueuse mise en scène de cette humble noce en Galilée, transposée dans un palais vénitien du XVIe siècle, mais quelle science et quelle maîtrise ! Napoléon aimait tellement cet immense tableau (quasiment dix mètres de large), qu’il n’a pas hésité à le voler, au risque de l’endommager.
Mais à défaut d’avoir assez de place pour parler davantage du tableau, nous nous arrêterons sur le plein centre de l’œuvre, mettant en scène quatre musiciens, qui seraient en fait les quatre peintres précédemment cités (c’est contesté). De droite à gauche : Titien, Tintoret, Bassano, et Véronèse lui-même. Les maîtres vénitiens étaient-ils musiciens ? Ils pratiquaient sûrement un instrument, comme tous les hommes de qualité de cette époque, mais comment en trouvaient-ils le temps ? Qu’ils aient eu l’occasion de jouer de la musique ensemble est encore plus douteux ; on connaît surtout leurs rivalités. Nous sommes beaucoup mieux renseignés sur les très nombreux compositeurs implantés ou natifs de Venise. Un Flamand, Willaert, semble avoir eu une grande influence sur ses contemporains, mais nous n’avons pas souvent l’occasion de l’entendre. En revanche les Gabrieli, l’oncle et le neveu, sont très souvent joués, et ils étaient tout à fait contemporains de nos quatre peintres.
Je reviendrai bientôt à l’influence de la peinture italienne, pour vous parler un peu de l’exposition qui se tient actuellement au musée de Beaux-Arts de Nantes. J’y trouverai bien quelque rapport à la musique.
Serge